Vampires Exist

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 Un coin de trottoir [LIBRE]

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Finlay MacRory
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Dim 29 Mar - 0:29

Je ne me rappelle pas l'avoir entendue me parler pourtant je percevais le mouvement de ses lèvres. Soleil...Je la vis se lever aussi soudainement que mon corps se raidit. Soleil...Elle semblait apeurée. Pourquoi ? Qu'est-ce qui pouvait l'inquiéter autant ? Soleil...Pour ma part j'étais tétanisé par cette inondation de vive lumière. Soleil...Je n'avais que ce mot en tête...Voilà une raison on ne peut plus valable.
Tout s'enchaîna par la suite. Un homme d'une cinquantaine d'années, aux cheveux grisonnants et aux favoris d'une autre époque s'approcha de moi. Il sentait le cigare, la sueur et l'alcool à plein nez. Son odeur me donnait envie de vomir. Comment avait-il pu poser ses mains sur ma douce. Je me sentais partir, émettant un grognement sourd, je serrais les poings pour ne pas succomber à cette frénésie naissante. Il me souleva par les épaules, m'appuyant contre lui pour m'aider dans ma démarche incertaine. Que j'étais minable. Je reprenais peu à peu conscience de ce qui m'environnait. La pénombre. J'étais allongé sur un lit inconfortable au possible, dans une petite pièce sans fenêtre, ni éclairage de quelque nature que ce soit. Elnaria, le visage marqué par la détresse, l'inquiétude, était à assise à mes côtés me caressant les cheveux avec douceur. J'éprouvais un terrible sentiment de honte à l'avoir mêlé à ce penchant si terrifiant de ma personnalité. Et déjà j'envisageais la manière avec laquelle j'allais me sortir de ce pétrin. Je pouvais très facilement utiliser mes dons surnaturels pour ce faire mais face à cette femme, il m'était impossible d'y concéder.
Je fis durer mon propre plaisir pendant un moment et jugeant le moment opportun, je me relevais lentement, m'adossant au mur. Mes yeux n'avaient pas besoin de s'adapter à la pénombre. Je fixais le visage d'Elnaria avec cette étincelle dorée dans le regard qui me caractérisait tant. Je désirais ardemment déposer mes lèvres sur les siennes. Je chassais aussitôt cette pensée de mon esprit:

" Que s'est-il passé ? dis-je d'une voix tremblante, reflet de nombreuses années d'expériences. Je ne me rappelle que de la vive douleur au creux de ma main, je fis semblant d'en ressentir encore les sévices, mais je saigne...Quel comédien ! Cela m'écoeurait de devoir lui faire subir ça...Sortant délicatement un mouchoir de soie blanche de la poche intérieure de ma veste, je m'appliquais à l'enrouler autour de ma paume afin de cacher toute éventuelle trace de cicatrisation douteuse. J'avançais à tâtons dans les ténèbres environnantes lorsque ma main entra en contact avec le visage de ma charmante protectrice. Elnaria ? C'est vous ? Je la voyais aussi clairement qu'en plein jour, allégorie subtile s'il en est. J'esquissais un large sourire à son encontre et dans un rire bienveillant la rassurais de mon état. Je suis impardonnable de vous avoir mis dans cet embarras. Vous me voyez terriblement confus...J'espère ne pas avoir gâcher votre journée...Ma voix se fit douce, un chuchotis léger et mélodieux à mesure que je m'enivrais d'elle, ma main épousant la courbe de son visage et terminant sa course au creux de sa main. Je vous remercie du fond du coeur pour votre touchante sollicitude à mon égard. Je ne mérite pas la moitié de votre inquiétude. Soudain je réalisais que nous étions toujours plongés dans le noir. Nous devrions sortir d'ici, cette pièce est pour le moins...étrange. Et puis nous avons un déjeuner à prendre "
Je ressentais encore le martèlement violent de cette peur viscérale, rien qu'à l'idée de retourner dans la salle du restaurant. Mais je devais l'affronter, pour elle, pour moi. Ce n'était rien. Du moins rien qui puisse me faire du tort directement. Après tout, la météorologie était une science des plus inexact, souvent mise à mal par un anticyclone ou une dépression longitudinale. J'avais espéré un temps gris, nuageux. Je l'avais eu le matin même. Peut-être n'était-ce là qu'une simple éclaircie, rien de plus. Si je l'espérais fortement peut-être que...Mais tu divagues là Fin' ! Je devais agir et vite ou je perdrais toute crédibilité aux yeux de la seule femme que je ne voulais pas décevoir. Belle utopie sachant que les fondations de cette relation se basaient sur ma capacité à lui cacher ouvertement la vérité. Prise de conscience mise à part, j'éprouvais l'envie incoercible de la prendre dans mes bras. Son parfum, cet odeur si délectable était une véritable drogue pour mon odorat. Une drogue qui se distillait dans chaque recoin de mon corps, s'accrochant fermement aux vestiges de mon âme. Heureusement qu'elle ne me voyait pas en train de humer ses cheveux, son être aussi vulgairement.
Je sentais encore poindre son anxiosité et une sorte de sceptisisme perspicace qui me donnait des frissons. Il ne fallait en aucun cas qu'elle apprenne la vérité. Mais que c'était difficile d'agir de la sorte lorsqu'elle était à mes côtés. Mentir était devenu une chose anodine, presque banale et je l'utilisais avec une facilité déconcertante depuis des siècles. Toutefois face à cette candeur, à cette bontée incarnée, j'en éprouvais de la culpabilité, des remords comme jamais auparavant. Respirant un grand coup, mon sang vampirique faisant son office pour tendre le voile de ma mascarade, je lui pris les mains afin de l'accompagner jusqu'à la porte.

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Elnaria Aele
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Dim 29 Mar - 17:17

Alors que mes doigts se perdaient dans ses cheveux, j'avais involontairement effleuré son visage, d'une douceur que je n'avais imaginé. Sa peau était froide, il devait être frigorifié. Moi aussi, mais cela m'était égal. Je retirais la veste dont Kina m'avait fait cadeau, et en recouvrais Finlay. Mes yeux s'étaient quelque peu accoutumés à l'obscurité, et je distinguais très légèrement les traits de son visage. Je redessinais mentalement chacun d'eux, en appréciais la finesse. La honte de voir mes pensées dériver ainsi alors qu'il semblait au plus mal était présente, mais je ne pouvais contrôler mon coeur alors qu'il s'emballait ainsi.
Si seulement j'étais une autre et je pouvais déposer avec douceur un baiser sur ses lèvres dessinées à la perfection...

Je soupirais de soulagement lorsqu'il se redressa avec peine, se soustrayant ainsi à mes mains.
" Que s'est-il passé ? Sa voix tremblait. Le contre-coup de la peur que j'avais eu m'avait rendue muette, toute la panique qui m'avait envahie et que j'avais faite taire jusqu'à présent était prête à me faire craquer, je devais contrôler mes nerfs. Je ne me rappelle que de la vive douleur au creux de ma main, Cette même main qui avait déja étonnement cicatrisé. je ne savais qu'en penser. Mais je saigne..."
Pour avoir voulu arrêter l'hémorragie, j'avais remarqué que le sang était déja coagulé. Mais là n'était pas la priorité, il avait vraiment l'air choqué par cet accident, je devais être rassurante, et non l'asséner de questions. Il ne savait même pas où il se trouvait, et je ne parvenais pas à laisser un son s'échapper de ma bouche pour lui indiquer.
Alors qu'il tatonnait, à la recherche de repères, sa main se déposa contre ma peau, sur mon visage. Dès lors, je fus dans l'incapacité de saisir un seul de ses propos, je retenais seulement mes sanglots. Imaginait-il seulement à quel point j'avais eu peur de le perdre ? Il était probablement ridicule de réagir aussi vivement alors que nous nous connaissions si peu, mais j'éprouvais d'ores-et-déja des sentiments démesurés pour lui. Je n'avais plus qu'une envie : celle d'être tout contre lui, pour m'assurer qu'il était toujours là, qu'il me promette que tout allait bien.
"Nous devrions sortir d'ici, cette pièce est pour le moins...étrange. Et puis nous avons un déjeuner à prendre "
Mon esprit était envahi de bien trop de pensées, je me contentais d'acquieser. Je ne comprenais toujours pas ce qui était arrivé, et il ne me fournissait aucune explication.
Il se saisit de mes mains, m'aidant à me relever de ce lit bien incofortable. J'étais tremblante, la peur et le froid aidant. Je ne pouvais plus contrôler mes émotions, je me blottis tout contre lui, laissant s'échapper une larme qui perla le long de ma joue.
"Que s'est-il passé Finlay ? Pourquoi ce verre s'est-il brisé ? Votre main n'est pourtant pas touchée, et il y avait tellement de sang ! Pardonnez-moi, je ne veux en aucun cas vous écraser sous toutes ses questions, c'est seulement que j'ai eu terriblement peur pour vous !"
Je pressais tout mon corps contre lui, il m'était douloureux de ne pas me laisser aller à pleurer à chaudes larmes. J'étais bien trop émotive.
Je pris soudainement conscience de notre proximité, et ma gène fut intense.
Je reculais vivement, et m'abaissais en une révérence.
"Je suis confuse, veuillez m'excuser, je suis impardonnable d'ainsi me jeter dans vos bras."
Impardonnable, oui, à coup sûr je l'étais, mais cette erreur n'avait pas eu pour seul effet ma honte. En effet, mon corps tout comme mon coeur bouillonaient. J'en voulais plus encore, j'aurais voulu rester encore contre lui. Lorsqu'il s'agissait de Finlay, mon esprit était incontrôlable, j'étais dans une ambivalence que je ne me connaissais pas.
Je devais partir avant de le mettre dans une situation encore plus incofortable.
Sans un mot de plus, je tatonnais à la recherche de la porte, butant dans les meubles, m'éraflant, mais tout ceci n'avait plus réellement d'importance.
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Finlay MacRory
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Mar 31 Mar - 0:53

" Que s'est-il passé Finlay ? Je la regardais, le visage inexpressif, froid comme l'être que je représentais. Le salon était en branle. La table renversée, les chaises brisées. Pourquoi ? Elle pleurait, je le savais, je la voyais. C'était ma faute. Vous avez été touché et pourtant, malgré tout ce sang... "
Elle ne contenait plus sa colère, sa peur, tout se mêlait en elle dans une terrible cacophonie. Et moi je restais là, contemplatif ordonné, mon regard déjà si loin entraîné par mon âme en perdition, un minuscule trou de la taille d'une noix au milieu de la poitrine, imbibant ma chemise en lin, de sang coagulé. Que pouvais-je bien faire d'autre...La mort était mon lot quotidien, je devais faire avec. Je m'avançais vers elle, elle recula:
" N'aies pas peur...Tout ira bien. "
Elle recula de nouveau, tremblante, les traits défigurés par la terreur que je lui inspirais. Je levais une main vers elle, pleine de sang. Elle laissa échapper un gémissement d'horreur:
" Je ne te veux aucun mal...C'est moi Finlay... "
Elle secouait la tête impulsivement, rejettant cette partie de mon être qui me dégoûtait. Non pire que cela, désormais, elle me rejettait entièrement. Ma main resta un instant, suspendue en l'air, avant de retomber lentement contre ma jambe:
" Tu ne peux pas oublier n'est-ce pas ?
- Comment le pourrais-je...
"
Réaction évidente. Qu'est-ce que l'amour ou l'amitié face à l'horreur d'une réalité qui défie toutes les lois de l'évolution. Je me suis fourvoyé, une fois de plus et tel doit en être mon prix. Je la vis se diriger à reculons vers la porte, sa main cherchant désespérement une échappatoire à ce cauchemard. Devais-je la laisser partir au risque de mourir...J'étais déjà mort une fois...Je serais démembré, puis décapité pour finir brûler, mes cendres noyées dans de l'eau bénite. C'était le sort que me réserverait le salut de cette âme. Elle s'était trouvée là au mauvais moment, pendant que je me repaissais comme à l'accoutumée. Seulement les cris des enfants avaient tôt fait de l'alerter, elle, pauvre domestique. Elle avait hurlée devant cette créature pleine de sang, ne reconnaissant pas les traits de l'homme qu'elle avait aimé. Le mari à moitié-mort s'était relevé un pistolet à bout de bras. Le coup de feu éclata, me perforant la poitrine. Il visait bien le bougre. Il s'affala dans une dernière exhalaison de frayeur, maudissant sans doute son impuissance à protéger sa famille du sort cruel que je lui avais réservé. Les enfants avaient voulu s'échapper, mais durant ma frénésie nul ne peut m'échapper. Ils avaient rejoint le reste de la famille dans un monde mielleur, du moins, le leur souhaitais-je. La domestique était pétrifiée, elle se savait condamnée. Alors que je passais près d'un chandelier elle reconnût le visage du meurtrier. Le mien. Je crois que le choc fut encore plus violent qu'il ne l'était déjà. Et nous en étions là. Au fond c'était sans doute la meilleure chose à faire: se laisser mourir.
Elle trouva la poignée de la porte, la tournant délicatement, cette dernière s'ouvrit dans un grincement sonore très adaptée. Elle était sauve, elle n'avait plus qu'à tourner les talons et s'enfuir. Je ne ferais rien. Elle s'arrêta sur le seuil de la porte, le visage étrangement triste. La situation l'y prêtait mais je décelais autre chose, comme de l'amertume au fond de ses perles de rosées qui glissaient lourdement sur ses joues:

" Je n'oublierais jamais ce que j'ai vu ce soir...Mais je n'oublierais jamais, non plus, ce que vous m'avez apportée. Je vous en prie, partez. Quittez la ville et ne revenez jamais plus...Puissiez-vous être jugé pour ce crime, mais en mon coeur, je ne peux me résoudre à être celle qui vous condamnera à la damnation éternelle. Je la contemplais, à la pâle lueur de la lune, elle était resplendissante.
- Je suis déjà condamné... "
Lorsque je passais auprès d'elle, elle détourna le regard. A cet instant je compris qu'en ce monde, certains mortels étaient encore capable d'éprouver de la compassion, de la charité, de faire don de ce que la plupart d'entre nous recherchons: le pardon. Je quittais la ville, et son cri d'affliction, si poignant, résonne encore en mon âme déchirée me rappelant mon tourment de n'être au fond qu'une bête méprisable.

" Que s'est-il passé Finlay ? Le même ton dans la voix, à la fois suppliant et emprunt d'inquiétude. Elle me parlait de ma main, elle avait vu ce dont j'étais capable. Les mêmes choix s'imposaient à moi que lors de cette nuit tragique. J'étais face à un dilemme cruel...J'ai eu terriblement peur pour vous ! "
Elle aurait changé un mot que cela ne m'aurait pas surpris. J'aurais été rassuré, quelque part. Sa voix se brisa dans un sanglot. Elle se blottit contre mon corps pour cacher sa détresse, pour prouver son attachement, et moi, je restais là, contemplatif ordonné, les bras le long du corps, le regard déjà loin épiant et appelant de mes voeux, cette âme qui m'avait reniée. J'esquissais un mouvement à son encontre. Ma main se leva comme pour l'enlacer mais mon geste se stoppa à mi-hauteur. Elle tremblait. Mon regard se voila pendant que je la contemplais, cet être si chétif, si vulnérable, contre mon torse inébranlable. Je contemplais la naïveté de ce tableau non moins touchant. Et je vis cette main stupidement accrochée à cet espoir dérisoire, ce rêve si inaccessible; un rêve si emprunt de réalité qu'il était encore plus dur de s'y suspendre, retomber lentement contre ma jambe. J'aurais voulu crier. Crier à n'en plus finir. Me haïr, me saigner à blanc, disparaître. Oui, disparaître. Disparaître à jamais comme cette domestique me l'avait dit. Au lieu de cela, ma non-vie s'était poursuvie, comme si de rien n'était. Et c'est tout ce que j'étais devenu, après sept siècles, un être comme si de rien n'était.
Elle relâcha son étreinte voyant sûrement que je ne lui répondais pas. Elle dû mal l'interpréter car elle s'en excusa aussitôt, mais qu'y avait-il à pardonner ? Un ange a-t-il besoin d'être pardonner ? C'était plus fort que moi, je ne cherchais même plus à me justifier, à me trouver des excuses. C'était comme si, soudainement, toute mon existence précaire et injustifiée me revenait en plein visage.
Elle reculais lentement vers la porte, butant contre le peu de mobiliers qui habitaient cet espace vide de sens. Je la voyais aussi clairement qu'un mortel verrait en pleine journée, des larmes sechées sur son beau visage collait quelques mèches de ses cheveux ambrés sur ses joues. Le froid ambiant de cette salle exigue la faisait trembler tout autant que sa propre douleur de ne pas comprendre cette situation si troublante. J'aurais aimé, souhaité, désiré, lui ôter toute cette peine mais que pouvais-je bien dire. Je suis un Vampire très chère, et j'ai envie de boire votre sang...Tu parles, soit elle me prendrait pour un fou et fuirais, soit elle prendrait peur et s'enfuirait. Et si elle acceptait ma condition, ce qui est inconcevable à mes yeux à moins qu'elle ne soit stupide, ce qui m'étonnait, c'est moi qui finirait pas fuir.
Elle venait de trouver la poignée, son échappatoire. Avant même qu'elle ne la tourne, ma main agrippa son poignet et la tira vers moi d'une main de fer dans un gant de velour. Elle était de nouveau contre mon corps, je sentais l'effet qu'elle produisait sur mon être et je ne voulais pas m'en défaire. Ma main droite se glissa dans le creux de son dos pendant que mon autre main lui relevait le menton, coincé entre le pouce et l'index. Je plongeais mes iris flamboyantes au creux de ses yeux magnifiés par ses larmes. Mon visage s'avança vers le sien, lentement. Je prenais toute la mesure de mon geste lorsque je sentis la Bête gratter contre les murs de sa cage. Ce geste pourrait la tuer. J'en étais pleinement conscient et pourtant je continuais de me pencher sur elle. Lorsque mes lèvres se posèrent contre les siennes, un terrible feu explosa au creux de ma poitrine, un endroit pourtant vide, et se répandit dans tout mon être. Ma prise se fit plus intense alors que je pressais mon visage plus ardemment contre le sien, ma main gauche se glissant sous sa nuque. Même ses lèvres avaient un goût exquis. Toutes ces odeurs s'imbriquaient en moi, tournoyaient, virevoltaient dans un panache de couleurs, de saveurs que je découvrais avec envie. Ce baiser n'en était pas un. Il représentait beaucoup plus.
Cette femme était la source de cette félicité perdue qui me hantait au travers des siècles. J'avais eu beau la chercher ardemment comme le Saint-Graal, elle ne faisait que m'échapper. Je pensais la trouver dans le sang que j'ingurgiteais, dans la manière de séduire, dans l'argent que je gagnais, dans les âmes que j'ôtais, mais jamais elle ne daigna se montrer. J'avais fini par ne plus y croire, à me résoudre à vivre ma damnation comme le plus grand pêché de l'histoire de l'humanité. Et voilà qu'aujourd'hui, un baiser avait suffi à me rendre tout ce que j'avais sensiblement perdu lors de ma transformation. Une ébauche d'âme. Alors que nous étions toujours collés l'un à l'autre, mes paupières s'ouvrirent et mes iris si incandescentes se muèrent en deux pupilles écarlates. La Bête avait trouvé le moyen de s'échapper. Attrappant vivement Elnaria par les deux bras, je mis fin à notre étreinte aussi subitement qu'elle avait débutée. Me tenant à une distance respectable, je détournais le visage, fermais les yeux et inspirais profondément pour me calmer:

" Pardonnez ma brusquerie...Ma voix était un murmure presque inaudible. Je ne regrette en rien ce qui vient de se passer mais...Je parvins à la regarder, mes yeux ambrés retrouvant peu à peu de leur lumière, je viens de réaliser, aussi soudain que cela puisse paraître, que vous ne désiriez peut-être aucunement me rendre mon baiser."
Et cela m'angoissait d'autant à mesure que je souhaitais son rejet. J'avais agi. Gauchement, maladroitement, mais je l'avais fait. Le jeu était dangereux, bien plus qu'elle ne pouvait l'imaginer, mais je m'y risquais. Oui pour la première fois de mon existence, je me risquais à suivre autre chose que la voie du sang.

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Elnaria Aele
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Mer 1 Avr - 12:51

Alors que je posais ma main sur la poignée, Finlay aggripa mon poignet, et m'attira tout contre lui. Ce simple geste suffit à me rassurer : il n'y a rien de plus triste que de ne pas être retenue par celui qui nous est cher.
Je perdais pied face à lui, sous la douceur de ses caresses. Tandis qu'une de ses mains glissait dans mon dos, me faisant frissoner de tout mon être, il releva mon visage de l'autre. J'avais plongé mon regard dans le sien. Je n'avais jamais vu une telle couleur d'yeux, celle-ci renforçait le côté surnaturel de la beauté de Finlay.
Je rêvais éveillée, son visage s'approchait lentement du mien, je ne parvenais plus à garder une contenance, tous mes sens étaient chamboulés.
Je devais faire preuve d'efforts surhumains pour conserver une façade stoïque, mais je savais au fond de moi qu'ils étaient vains. Je ne pouvais cacher un tel désir, un tel besoin que nos lèvres se scellent. Il était la plus belle chose qui me soit arrivée.
Lorsqu'il m'offrit ce baiser si ardemment désiré, mon coeur s'enflamma, je n'étais plus que bonheur. Je n'avais jamais ressenti une telle émotion auparavent, un feu m'embrasait.
Le baiser d'abord tendre se fit plus passionné, plus intense. Je glissais mes doigts dans la chevelure de Finlay, l'attirant toujours plus contre moi, comme si ma vie en dépendait.
Avec gourmandise, je goûtais ses lèvres, leur douceur s'imprégnait en moi, je ne voulais pas que ce moment s'arrête. Je croyais maintenant au paradis.

Brusquement, il saisit mes bras, et me repoussa. Avais-je fait une erreur ? Regrettait-il déja son geste ? Je tentais d'accrocher son regard, afin de comprendre la raison de ce recul, mais il avait détourné le visage, et fixait un point invisible. Je ne savais comment réagir. Je ne voulais pas que notre étreinte s'arrête ainsi, j'avais peur qu'il reparte, qu'il réalise qu'il méritait mieux que moi. D'un autre côté, je ne pouvais que comprendre et accepter cette décision.

" Pardonnez ma brusquerie... Je dus tendre l'oreille pour saisir ses propos, qu'il avait soufflés avec peine. Je ne regrette en rien ce qui vient de se passer mais... Je viens de réaliser, aussi soudain que cela puisse paraître, que vous ne désiriez peut-être aucunement me rendre mon baiser."
Ma main avait découvert une lampe de chevet, que j'allumais alors, pouvant enfin voir plus loin qu'à quelques centimètres.
A nouveau, son regard convergait vers le mien, je n'y lisait aucun regret, mais décelais pourtant quelque chose d'indescriptible, comme de la douleur.
"Je le désire plus que tout, Finlay, n'en doutez-pas."
Peut-être serait-il comme tous les autres, et m'abandonnerait-il, mais je voulais prendre le risque. Et puis, quoiqu'il en soit, c'était une juste compensation pour le bonheur qu'il m'avait apporté. Je n'avais aucun autre moyen de le remercier.

Je m'approchais doucement de lui. J'aurais juré voir la couleur de ses yeux passer de l'ambré à un rouge écarlate. Une fraction de seconde plus tard, ils avaient retrouvée leur couleur originelle. Il semblait mener un combat intérieur, et, étant à un pas de lui, je ne savais plus si je pouvais me permettre d'amorcer une nouvelle étreinte.
La passion encore une fois l'emporta sur la raison, me poussant à uniquement suivre mon instinct. Hissée sur la pointe des pieds, je le regardais avec toute la douceur qui m'emplissait en sa présence, et du bout des doigts redessinait les traits de son visage. Je suivais la courbe de son front, frôlais son oreille, m'attardais sur ses pommettes, pour finalement effleurer ses lèvres avec un intense désir d'à nouveau en goûter la saveur.
Mon autre main était inactive, contre son torse. Je ne voulais pas être trop audacieuse, le seul fait d'être avec lui dans une telle proximité me suffisait amplement.
Il n'amorçait toujours pas un geste, je pris donc les devants, et me saisis de ses lèvres avec tendresse. Il n'opposait aucune résistance à mon baiser, mais n'y répondait pas. Je ne savais que faire face à son silence.
"Finlay, souhaitez-vous que nous retournions à table ?"
J'avais à mon tour murmuré ces mots, priant pour qu'il réponde par la négative.
Il semblait hésiter, je ne reconnaissais pas ce regard maintenant cuivré mais j'y lisais un tel désir... Je ne voulais pas arrêter, retourner dans cette salle de restaurant, puis ne plus le revoir sans avant avoir partagé bien plus qu'un simple déjeuner avec lui.
Je m'haussais à nouveau sur la pointe des pieds, et saisis sa lèvre inférieure entre mes dents, la mordillant avec douceur. J'avais entouré sa taille de mes bras, pressais mon corps brûlant contre le sien.
"Restez ici avec moi Finlay, je l'avais soufflé, telle une supplication, je ne désire rien d'autre que vous."
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Finlay MacRory
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Mer 1 Avr - 22:46

Lorsque la lumière inonda la pièce, je ne fus guère surpris de contempler celle qui m'irradiait de sa simple présence. Le combat s'avérait de plus en plus difficile et je craignais ne pas y arriver. A mon grand plaisir, et mon plus grand désarroi, elle désirait exactement la même chose que moi. Enfin, elle ne se doutait certainement pas de toute la teneur des évènements.
Elle était de nouveau toute proche, se hissant sur la pointe de ses pieds, elle me caressa le visage avec tendresse. Je réprimais une sorte de frisson, serrant les poings avec force. Je n'osais plus la regarder, fixant un point sur le mur nu, juste au-dessus de sa tête. Lorsque je sentis son souffle brûlant se rapprocher de mes lèvres, mon esprit s'égara. Je fermais les paupières au contact de sa bouche si agréable et si parfaite. Elles se posèrent sur les miennes avec douceur et je fus encore surpris de voir avec quelle facilité elles se mêlaient entre elles. Je me contrôlais. Je ne pouvais rien faire d'autre. J'avais épuisé toutes mes réserves rien qu'en lui prouvant la sincérité de mon attachement, mais désormais, elle désirait autre chose, une chose que j'étais incapable de lui apporter. Pourquoi fallait-il qu'elle représente autant à mes yeux ? Pourquoi n'était-elle pas comme toutes ces femmes que je comblais une nuit pour finir par m'en lasser le jour suivant. Pourquoi ce feu me brûlait-il tout le corps à chacun de ses contacts, à chacun de ses regards, à chacun de ses mots...Pourquoi ce parfum si enivrant...Pourquoi étais-je cette créature ! Pourquoi ! POURQUOI !

" Finlay souhaitez-vous que nous retournions à table ? "
Bien sûr que non...Comment lui dire tout ce qu'elle représentait à mes yeux sans trahir ce lourd secret qui me pesait depuis tellement de siècles. Comment lui dire que je ne pouvais plus me passer d'elle, qu'elle était mon refuge, cette étoile scintillante dans la nuit noire. Comment ne pas gâcher cet instant de part ma monstruosité. Je sentis de nouveau ces lèvres, et plus encore. Elle me mordillait la lèvre inférieure avec envie et suavité.
" Restez ici avec moi Finlay, je ne désire rien d'autre que vous. "
Cette déclaration était une douce caresse à mes oreilles. Elle me remplit d'allégresse à mesure que je prenais conscience de ma faute. Je n'étais pas l'homme de la situation. Je ne l'avais jamais été, et ne le serais jamais. Je lui rendis son baiser avec toute la passion, tout l'amour que j'éprouvais, aussi stupide soit-il, pour cette frêle et si merveilleuse femme. Je la serrais tout contre moi, mes bras tremblant sous la pression de mon contrôle incertain. Ma main droite remonta tout le long de sa colonne vertébrale, ma main gauche lui caressait la nuque, entremêlant mes doigts et ses cheveux délicats dans une danse embrasée. Elle me pressait ardemment contre elle, faisant jouer sa langue avec la mienne dans un balet poétique empli de sensualité. Je sentais toute sa fièvre à mesure qu'elle me caressait les cheveux, le visage. Elle se donnait entièrement à moi et cette confiance si inconditionnelle me fit souffrir le martyr.
Je tenais à lui offrir ce dernier présent avant de m'en aller, définitivement. Je devais m'arracher à elle, ôter cet espoir fuyant, et lui laisser en son coeur, ce fragment d'âme si bienveillant qu'elle aura su me faire apprécier. C'était tout ce que j'avais à lui offrir. Mes lèvres se détachèrent des siennes avec légereté. Je posais mon front contre le sien, mes prunelles flamboyantes irradiaient comme jamais, se reflétant dans la pureté de son regard, le miroir de son âme. J'aurais voulu me noyer dans l'océan de ses yeux bleu. Qu'il m'était difficile de prononcer les mots que je m'apprêtais à formuler. J'allais la faire souffrir et c'était tout ce que je refusais de faire. J'aurais aimé n'être qu'un ami sur qui elle aurait pu compter, mais cette simple évocation m'était difficile à envisager. Les mots finirent par dépasser le seuil de ma bouche:

" Je ne suis pas celui que vous pensez Elnaria Aele. Mon ton était empli de tristesse. Je ne puis vous apporter tout ce que vous désirez. Je marquais une pause, puis embrassant son front, j'entrepris de me tenir à quelques pas de sa présence envoûtante. Je vais retourner à notre table, je vous laisserais commander ce que vous souhaitez et je m'en irais. Je savais la futilité de ma demande et je vis l'étincelle de son regard s'éteindre peu à peu, confirmant mes doutes face à ce discours si surréaliste, ce qui ajouta à ma culpabilité. Je suis navré...Vous et moi...Les mots m'échappaient, une nouveauté pour moi. Je ne veux pas vous faire de mal. "
Chose à laquelle je n'avais pas tenu promesse à l'instant même où j'avais prononcé ces mots. Oui, telles furent mes mots lorsque je passais le pas de la porte sans la regarder. J'emportais avec moi l'épée de Damoclès qui planait au-dessus de la tête de ma moitié. Telles furent les mots qui me plongèrent au plus profond de cet abysse sombre et terrifiant, scellant à jamais cet amour irrationnel dans un magnifique écrin d'argent.

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Elnaria Aele
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Jeu 2 Avr - 18:14

" Je suis navré...Vous et moi... Je ne veux pas vous faire de mal. "

Sitôt la sentence tombée, il franchit le seuil de la porte et rejoignit la salle de restaurant.
Mon coeur avait volé en éclats, j'étais détruite de voir s'envoler en fumée des rêves dont j'avais à peine eu le temps de dessiner l'ébauche.
Mes derniers espoirs venaient de s'écrouler, et je ne pouvais rien faire d'autre que d'être spectatrice impuissante de ce drame.
Je serrais les dents, me mordant les lèvres pour retenir mes sanglots. Je voulais attendre d'être seule avant de laisser perler tout mon chagrin, ma détresse. Plus l'étreinte de mes dents autours de mes lèvres se faisait forte, et plus se faisait fort le goût étrangement réconfortant de sang dans ma bouche.

Je comprenais le soudain rejet de Finlay, et ne lui en voulait aucunement. Après tout, mon corps avait été le terrain de jeu de bien trop d'hommes pour avoir désormais la moindre valeur, et ma vie était trop minable pour vouloir être partagée.
Et si son malaise lui avait fait comettre l'erreur de s'abaisser à échanger de chaleureux baisers avec moi, il avait tôt fait de reprendre ses esprits et mettre fin à cette mascarade.
Je soupirais, ramassais mon gilet sur le canapé et en recouvrit mes épaules.
Plus rien n'avait d'importance maintenant que je me savais condamnée à flirter avec les bas-fonds de la société. Je ne pouvais me permettre d'aimer, je ne méritais rien d'autre que mon sort. J'allais disparaître de sa vie, lui, celui qui m'avait offert de revivre un fugace instant.
La gorge nouée, je quittais la pièce. Je n'étais plus rien.

Je pénétrais dans la salle de restaurant, où les traces de l'incident avait déja été nettoyées. Finlay était assis à notre table, tenant sa tête entre ses mains.
Cela me faisait terriblement de le voir dans cet état, d'autant plus que j'en étais la cause.
Je m'approchais de lui à pas de loup, et m'agenouillait à ses côtés.
" Sir Finlay, je vous remercie pour tout. Je vous serais éternellement reconnaissante. Je comprends votre réaction, et ne vous en veut aucunement. Je n'osais lever le regard vers lui, de peur de ne pouvoir cacher ma douleur à ses yeux. Je n'ai plus vraiment faim, alors je vais vous laisser déjeuner. Vous représentez beaucoup plus que vous ne pouvez vous le figurer pour moi. Sans vous, je serais morte sans réaliser qu'il y avait en ce bas-monde des êtres bons. Vous êtes bien meilleur que tous ces gens qui n'en ont que la façade, et vous crache dessus sitôt qu'ils le peuvent.
Je vous souhaite d'être récompensé pour cela. Moi, je n'ai rien à apporter pour vous remercier, je vous prie sincèrement de m'en excuser. Adieu, Finlay."

Les paupières closes, je m'abaissais autant que je le pouvais dans une révérence, puis me relevais et quittais le restaurant sans un autre regard.
Il faisait toujours aussi froid, sans compter que je n'avais repris ma veste, mais la douleur dans mon coeur était trop vive pour que je ne m'en inquiète.
J'accélérais le pas, je voulais être seule. Seule pour pleurer, seule pour laisser mourir la dernière étincelle de volonté qu'il restait en moi.

Je m'enfonçais dans la première ruelle que je trouvais. Des tas d'ordures y étaient entassées, elle devait probablement se trouver derrière des restaurants, du moins l'odeur des poubelles me le faisait penser.
Je me laissais tomber au sol, j'étais dans un état de détresse atroce, mais je n'avais pourtant plus la moindre larme à laisser s'échapper.
La vie devait reprendre son cours. Finlay rencontrerait une femme de sa stature. Et moi ? Moi, je me vendrais encore, ou bien je me laisserais crever au coin d'une rue, ou bien...

L'image de Finlay m'obsédait. Si je retournais dans la famille Aele, alors les choses pourraient être différentes. S'ils ne me tuaient de ma trahison, je retrouverais ma place, qu'importe les sacrifices à faire. Voudrait-il alors me revoir ? Je n'étais plus sûre de rien.
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Finlay MacRory
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MessageSujet: Re: Un coin de trottoir [LIBRE]   Dim 5 Avr - 0:30

Je venais de descendre les marches qui me séparaient de la chambre et de la salle de restaurant. La lumière était encore vive mais supportable, je ne risquais donc rien. Seulement je ne pouvais pas me permettre de sortir sous peine de...Je restais un instant contemplatif de la grande baie vitrée qui s'étendait devant mes yeux. Le soleil dardait ses rayons impétueux, faisant fondre en petites mottes, la neige encore fraîche de la veille. Et si je passais cette porte...N'était-ce pas là ce que je désirais, maintenant que je venais de perdre ce qui me rattachait encore à ce monde...Je restais de marbre ne pouvant faire un pas. J'étais donc si faible. Si faible, que je ne pouvais me résoudre à me donner la mort. Si faible, que je ne pouvais me résoudre à avouer mon amour. Si faible, que je ne pouvais me résoudre à avouer mon terrifiant secret.
J'en étais donc là, devant ma table parfaite, les débris de verre nettoyés avec attention. Je pris la chaise d'une main désinvolte et m'assis lentement, très lentement. Je ne faisais plus attention à rien. Le monde autour de moi n'existait plus tant le ravage de mon coeur était immense. La tête entre les mains, je tremblais. M'arrachant les cheveux avec rage et frustration. La seule chose qui parvint à me sortir de ma torpeur, était ce parfum si doux, que je connaissais si bien. Celui d'Elnaria. Je la savais, la sentais près de moi mais je n'osais plus la regarder. Sa voix était loin, comme celle d'un songe dont on ne peut retenir le fugace souvenir. Je n'entendis qu'une partie de ses paroles mais cela me suffit à me pousser encore plus profondément dans cet affre de douleur dont je ne sortirais jamais plus. Je la sentis partir, sa fragrance délectable s'envolait à mesure qu'elle s'éloignait de moi. La porte s'ouvrit, le vent s'engouffra dans le restaurant, un vent frais, insidieux, comme cette indéfinissable douleur qui m'écrasait la poitrine. Puis plus rien. Tout était fini. Aussi soudainement que cela avait commencé.
J'entendais de nouveau clairement autour de moi. Des piaillements, voilà tout ce que ça m'évoquait. Des mondanités futiles que je vomissais. Cet endroit si délicieux, si charmant, si anglican...Voilà que je le haïssais. Et je ne pouvais pas m'enfuir...Pas si je désirais encore vivre, survivre serait plus correct.

" Est-ce que vous vous sentez mieux Monsieur ? "
C'était le gros puant. Le patron. Que pouvais-je répondre à cette question. Non ça ne va pas je viens de perdre la seule chose en ce monde qui comptait à mes yeux. La seule chose qui donnait un tant soit peu de raison à mon existence. Je crois qu'il comprit ma réponse dans mon regard sombre. Il s'empressa d'ajouter:
" Désirez-vous quelque chose ?
- Un whiskey.
"
Ce furent là mes derniers mots. Je ne pouvais pas sortir de ce restaurant alors autant en profiter pour me remplir ma carcasse vide. Je bus encore et toujours, noyant mon amertume dans ce breuvage qui perdait toute sa valeure à mesure que je l'ingurgiteais. Je venais de faire la plus grosse erreur de ma précaire existence mais je ne pouvais que me récompenser d'avoir choisi la meilleure option, pour elle. Les rayons du soleil commençaient peu à peu à s'estompre, le bal des clients ne cessaient de bourdonner à mes oreilles. J'en avais assez. Je me levais subitement, sobre, malgré mes cinq bouteilles de whiskey pur malt dans le gosier. J'enviais l'ivresse des mortels qui m'aurait fait oublier, temporairement, cette cruelle décision, cette cruelle perte. Alors que je me dirigeais vers le comptoir pour récupérer mes affaires et payer ma note, un homme en uniforme se présenta à moi, me plaquant une photo sous le nez et déblatérant à toute vitesse des paroles incompréhensibles:
" Je ne parle pas votre patois affreux...dis-je avec froideur.
- Anglais ? me répondit-il dans un anglais très approximatif. Je poussais un long soupir. Reconnaissez-vous l'homme sur cet photo ? S'il n'avait pas represénté l'ordre public, je crois que je l'aurais - et sa Majesté me le pardonnera - royalement évité. Je jetais un oeil sans grande conviction sur la photo qu'il me tendait.
- Non. Jamais vu. "
C'était faux. Cet homme je le connaissais on ne peut mieux. Je lui avais donné la mort il n'y avait même pas quelques heures. Donc une enquête était en cours. Mon stratagème n'avait pas fonctionné ? Sans doute la femme n'avait-elle pas mordue à l'hameçon...Pauvre sotte. Je contournais le policier, me frottant légèrement contre son bras. Ce geste, si banal, parut offensé le policier qui mit une main sur son arme de service avec dextérité. Il aurait vécu au XVIIIème siècle, durant la ruée vers l'or, qu'il aurait fait des ravages:
" Je vais vous demander de mettre les mains sur la tête monsieur. Il parlait doucement, calmement, un peu trop. Sûrement parce qu'il se croyait puissant, une arme à la main, mais il se trompait lourdement. Je ne relevais pas, demandant mes affaires au barmaid qui me les tendit nerveusement. Mon cow-boy des temps modernes venait de dégainer, au bruit si distinct de l'acier contre le cuir de l'étui. Monsieur, déposez vos affaires et mettez vos mains sur la tête. Un deuxième homme, son coéquipier, au vu de la voiture qui stationnait devant le restaurant, entra et s'approcha de moi, main à l'étui.
- Un problème ? demanda-t-il en japonais à son ami.
- Je ne sais pas, dit-il posément en anglais comme pour m'introduire dans la conversation, représentez-vous un problème monsieur ? J'en avais assez de son ton doucereux. Mon regard se faisait de plus en plus sombre. Un grognement sourd s'échappa de ma gorge. Ma patience était portée à son paroxysme. Je le vis reculer d'un pas, subitement apeuré, son arme toujours pointé vers moi. Son coéquipier dégaina aussi sec. Il n' y avait plus un bruit dans le restaurant. Tout les regards étaient braqués sur nous. J'en avais plus qu'assez. Il était temps d'en finir.
- Bien. Qu'y a-t-il messieurs que je puisse faire pour vous satisfaire ? Ma réplique était cinglante.
- Votre arme, sous votre veste. Il était prudent. Déposez-là sur le sol lentement. C'était donc ça. Tout ce charivari pour quelque chose d'aussi insignifiant. Je crispais la mâchoire pour me contrôler. Tuer ces deux hommes et je serais obligé d'éliminer toutes les personnes du restaurant. Trop d'implications. Mais malgré cela, mon envie de tuer se reflétait au travers de ma présence surnaturelle, de mon regard vide de compassion, vide de sentiments, plongeant mes deux comparses dans la confusion la plus totale. Ils étaient oppressés, la tension était palpable.
- J'ai un permis. J'étais las. Je glissais ma main dans mon veston nonchalamment.
- Ne bougez plus ! me cria-t-il faisant sursauter l'assistance. Retirez cette main de votre veste monsieur, immédiatement. "
Son ton était cassant mais presque implorant. Je les regardais tout deux puis mon regard se porta dehors. Si je ne sortais pas maintenant et que le soleil réapparaissait à nouveau au travers des nuages, je devrais attendre la nuit et je ne désirais nullement rester ici. Ignorant leurs invectives, je plongeais plus en avant dans la poche intérieure de ma veste. Je pris le bout de papier entre mes doigts lorsque soudain, l'éclaircie se fit. Vivement. Contre toute attente. Elle illumina, embrasa l'air environnant, puis se tut aussi soudainement. Un bruit sec mais puissant éclata dans tout le restaurant et au dehors. La détonation du revolver me secoua violemment. Le coup avait été porté pratiquement à bout pourtant, et il me projeta lourdement sur le sol. Je ne sentis guère qu'une petite brûlure au niveau de ma poitrine. J'étais là, gisant sur le sol, les bras en croix, ma main gauche tenant ce petit bout de papier soigneusement plié, l'allumette qui mit le feu à ce brasier d'incompréhension. Je sentais le sang, mon propre sang, s'imbiber dans la soie de ma chemise, la collant contre mon torse de marbre. Ma première pensée fût: Fait chier, mon costume...
Je regardais le plafond, désabusé, blasé, désenchanté. Quelle journée de merde...Le monde autour de moi s'agitait comme les abeilles autour d'une ruche. Je crois que l'on appelait une ambulance. Soudain une idée germa dans mon esprit. Je ne pouvais décemment pas me lever aux yeux de tout le monde et faire comme si de rien n'était. Je venais là pour calmer les ardeurs de ceux de ma race et non pas me fourvoyer en me comportant comme eux. Si je devais être mort autant jouer le jeu à fond. Je pourrais sortir grâce à l'ambulance et une fois à l'hôpital je filerais. N'y vu ni connu. Rien ne pouvait m'identifier, et le patron de l'établissement et son personnel savait quel était mon secret, comment ? Aucune idée. Peut-être Ayden Storm leur en avait-il parler. Peut-être les avait-il sélectionnés pour leur intégrité et leur ouverture d'esprit. Je n'en avais cure. Tout ce qui m'importait, c'était de me retrouver ailleurs, quelque soit l'endroit.
Pourvu qu'Elnaria ne reviendrait pas à la suite de ce coup de feu. Pensée sans intérêt puisque de toute manière je ne devais plus la revoir. Si elle me voyait ainsi cela me faciliterait les choses...Pourquoi ressentais-je ce besoin de ne pas être mort à ces yeux alors que je l'étais aux yeux du monde ? L'espoir ? Etait-ce l'espoir de la revoir, de lui parler, qui me donnait cette envie morbide de ressusciter tel un phoenix renaissant de ses cendres.
Je venais de fermer les paupières et des cris, des soubresauts me parvinrent dans un écho lointain. J'étais loin de tout à présent. Je n'entendais même plus les sirènes, au loin, qui se rapprochaient de plus en plus du lieu du drame. Je n'avais plus besoin de jouer la comédie. Je pouvais être moi. Un être mort, mais vivant malgré tout au travers d'un amour étrange, foudroyant et dangereux. Quelle journée de merde...Les personnes présentes durent être étonnées, choquées. L'homme qui venait de pousser son dernier souffle dans ce restaurant, venait de le faire le sourire aux lèvres.


[Fin de ce topic, suite Ruelles sombres pour Elnaria, Hôpital pour Finaly.]

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Un coin de trottoir [LIBRE]

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